Mélenchon ou la défaite de la raison

Héros fatigué d’une gauche en déliquescence, le leader de la France insoumise veut se croire un destin. Imagine-t-on vraiment l’avenir avec Mélenchon ?

A peine le danger Le Pen écarté, voici la folie Mélenchon. Animée de cette curieuse propension à flirter avec les limites, la France hésite. C’est du moins ce que nous font croire les images qui ont tourné en boucle tout le week-end, montrant les leaders d’une gauche en loques venir baiser la babouche de leur nouveau roi insoumis. Les sondages, eux, disent tout autre chose mais qu’importe.

De même qu’on a largement fabriqué le phénomène Zemmour, nous surestimons l’engouement des Français pour le leader de la gauche régressive. A la mi-juin, ce sont les électeurs qui décideront. Il sera alors bien temps de reconnaître que notre pays n’a rien à gagner à réécrire, d’une élection à l’autre, le même scénario d’une tentation pour la peste ou le choléra.

Faut-il en effet cultiver une profonde fascination pour le nihilisme pour croire qu’après l’escroquerie de la banalisation vendue par l’extrême droite, la supercherie d’une extrême gauche capable de gouverner est plus crédible. Mélenchon Premier ministre ? On se pince ! Alors que la guerre est revenue en Europe, notre pays a-t-il vraiment au fond de lui la tentation de s’en remettre à un leader politique aux convictions aussi flottantes que celles de Jean-Luc Mélenchon ? Un dirigeant incapable de se défaire de son tropisme pro-russe, tardant à condamner l’invasion de l’Ukraine, amoureux transi des dirigeants d’un Venezuela en ruine, un « insoumis sauf avec les dictateurs », comme l’écrivait récemment Bernard-Henri Lévy dans sa chronique du « Point » ?

Il ne suffit pas de haranguer les foules les coudes appuyés sur son pupitre pour devenir Mitterrand.

Il ne suffit pas de haranguer les foules les coudes appuyés sur son pupitre pour devenir Mitterrand. L’homme qui fit gagner l’Union de la gauche en 1981 était un grand Européen. Le programme de Jean-Luc Mélenchon se traduirait, s’il est appliqué, par une sortie de l’Europe, qu’il appelait du reste de ses voeux lors de sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.

Depuis, comme Marine Le Pen, il a mis de l’eau dans son vin nationaliste. Il faut bien rassurer les électeurs vaguement inquiets par la radicalité d’un tel projet. Sa nouvelle idée est donc la désobéissance aux règles européennes lorsqu’il le jugera nécessaire pour l’intérêt national. Exactement comme Marine Le Pen prônait la prééminence de la loi nationale sur les traités européens. Curieuse convergence des deux extrêmes pour ce qui ne serait rien d’autre qu’un Frexit calamiteux.

Et que dire de son programme économique ? Hausse des dépenses publiques, des impôts, du SMIC à 1.400 euros et on en passe : tous les efforts pour rebâtir enfin une économie de l’offre attractive, qui a permis la création de plus d’un million d’emplois en cinq ans, seraient ainsi jetés par-dessus bord. Chacun sait, bien sûr, que face au verdict des marchés financiers, l’expérience ne durerait pas longtemps. Alors pourquoi prendre le risque de la tenter ?

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