Accusations de «terrorisme» : à qui le tour ?

Chronique du néofascisme qui s’installe.

Finalement, les vieillards d’extrême droite qui squattent les plateaux de télévision ont peut-être raison : en France, on ne peut plus rien dire. En revanche, cette censure de masse, cette «cancel culture» inquiétante ne concerne pas les propos racistes et misogynes, qui eux, ont des tribunes quotidiennes dans tous les médias. Elle frappe les voix antiracistes et anticolonialistes, avec une violence jamais vue.

Ce mardi 23 avril, la députée Insoumise Mathilde Panot, cheffe de file des élus Insoumis, le premier groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, apprend qu’elle est convoquée par la police pour «apologie du terrorisme». «C’est la première fois dans l’histoire de la Cinquième République qu’une présidente d’un groupe d’opposition à l’Assemblée nationale est convoquée pour un motif aussi grave sur la base d’accusations fallacieuses» déclare-t-elle dans un communiqué. «J’alerte solennellement sur cette instrumentalisation grave de la justice visant à bâillonner des expressions politiques. Le régime macroniste aura transgressé toutes les limites imaginables», souligne-t-elle. «Aucune convocation, aucune intimidation de quelque nature que ce soit nous empêchera de protester contre le génocide en cours du peuple palestinien».

La députée n’est que la dernière cible d’une longue liste de personnalités persécutées dans le cadre d’une véritable chasse aux sorcières qui assimile toutes les personnes qui soutiennent la Palestine à des terroristes.

Avant elle, la juriste franco-palestinienne et candidate Insoumise Rima Hassan a été convoquée, mais aussi le syndicaliste et militant révolutionnaire Anasse Kazib, la journaliste Sihame Assbague, la basketteuse Emilie Gomis – qui aussi été démise de ses fonctions dans le cadre des Jeux olympiques – le syndicaliste CGT Paul Delescaut – qui a été condamné à un an de prison avec sursis pour un tract – des syndicalistes étudiants de l’École des Hautes Études en Sciences sociales… D’autres partis de gauche et collectifs sont menacés, par exemple le NPA.

Ce qui se joue autour des convocations de personnalités pour «apologie du terrorisme» n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Depuis octobre, des dizaines de témoignages font état de convocations du même type après une manifestation, un post sur les réseaux ou autre. Nous ne sommes plus loin des listes et des rafles d’opposants. Et rappelons le, à l’automne dernier, la France a été le seul pays au monde à interdire TOUTES les manifestations pour la Palestine. Des milliers de personnes avaient été verbalisées ou embarquées.

En parallèle, plusieurs meetings de la France Insoumise ont été interdits et la police antiterroriste est déployée contre les écologistes et dans les banlieues quand elles se révoltent.

Cette assimilation de toute parole critique à du terrorisme, et donc à une mise à mort symbolique avant d’être physique, est la suite logique d’un long processus engagé contre les minorités puis contre les mouvements sociaux qualifiés d’ultra gauche.

Souvenons-nous que, depuis des années, un travail de stigmatisation et de déshumanisation méthodique a été mené contre les habitants des quartiers populaires, ce qui a préparé les esprits à une répression militarisée de ces quartiers et à la mise à mort de nombreux jeunes. Puis le même procédé a visé les contestations sociales, notamment contre les Gilets jaunes, le mouvement écologiste, puis les grandes grèves de l’année dernière, ce qui a conduite à des milliers de blessés par la police et d’arrestations.

Voilà où nous en sommes au printemps 2024 : de nombreuses manifestations sont interdites, l’opposition est censurée et menacée, le nombre de dissolutions de collectifs explose, les meurtres policiers impunis se multiplient. Pendant ce temps, des milices fascistes peuvent brûler la maison d’un maire ou tabasser des militants avec la bienveillance des autorités.

Il faut le dire concrètement : Macron a d’ores et déjà posé les fondations d’un régime néofasciste. Et tout cela dans la passivité générale, puisque l’écrasante majorité de la population est désinformée au quotidien par les médias des milliardaires. Soyons responsables et lucides : c’est un bloc de solidarité et l’organisation concrète de la résistance qui doit être à l’ordre du jour, avant qu’il ne soit trop tard.

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