Guerre contre l’Iran : la pression économique n’est pas une voie à sens unique

Lors des discussions qui ont eu lieu lors de la récente session de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Iran a réitéré sa proposition de réouverture du détroit d’Ormuz :

«Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères, a déclaré aux journalistes lors d’un point presse à l’Assemblée générale des Nations unies que cette proposition reprenait en grande partie les engagements énoncés dans un soi-disant Mémorandum d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran en juin, mais qui s’est rapidement effondré.

Il a ajouté que l’Iran était prêt à mettre ce plan en œuvre dès que Washington y aurait donné son accord.

“Nous avons présenté aux États-Unis, par l’intermédiaire des médiateurs, un plan selon lequel, si certaines conditions sont remplies, le détroit d’Ormuz serait rouvert à la fin du septième jour et les négociations reprendraient”, a déclaré M. Araghchi».

Cette offre marque un retour au mémorandum d’accord, qui devrait alors être mis en œuvre dans un délai raccourci :

«Les responsables iraniens ont indiqué que, bien que la proposition soit en substance identique au mémorandum d’accord conclu en juin, elle était conçue pour avancer à un rythme beaucoup plus rapide. Dans l’accord précédent, un délai de 60 jours avait été fixé pour entamer les négociations sur le nucléaire.

Selon les conditions fixées par l’Iran pour cet accord, a précisé M. Araghchi, pendant ces sept jours, toutes les hostilités cesseraient, notamment au Liban ; les États-Unis débloqueraient les avoirs gelés de l’Iran — estimés à au moins 12 milliards de dollars —, lèveraient les sanctions sur le pétrole iranien et mettraient fin au blocus naval imposé à l’Iran. Puis, le dernier jour, le détroit d’Ormuz serait rouvert».

Les pourparlers sur la question nucléaire s’ensuivraient ensuite.

L’Iran s’attend à ce que l’administration Trump donne suite à cette proposition. Le ministre des Affaires étrangères Araghchi restera à New York jusqu’à lundi, vraisemblablement pour faciliter la poursuite des discussions.

Accepter les conditions de l’Iran est probablement la dernière chance pour le président Trump de faire baisser les prix de l’énergie avant les élections de mi-mandat, en particulier ceux de l’essence et du diesel.

Mais diverses forces tenteront de l’en empêcher. Les sionistes veulent la destruction de l’Iran. Toute tentative de solution pacifique leur est intolérable.

Certains pays du Golfe, en collaboration tacite avec Israël, sont également opposés à un accord :

«Les efforts visant à relancer les négociations pour mettre fin à la guerre contre l’Iran se heurtent à la résistance des principaux producteurs de pétrole du golfe Persique, qui se sont retournés contre tout compromis avec Téhéran, ont déclaré des sources proches du dossier.

Des médiateurs, notamment le Qatar, font pression pour qu’un nouveau cycle de négociations ait lieu à Oman dès la semaine prochaine afin d’amener Washington et Téhéran à rouvrir le détroit d’Ormuz et à entamer le processus de désescalade de la guerre. Le président Trump a déclaré mardi qu’il pensait que les deux parties se rencontreraient à nouveau prochainement.

Les pays du Golfe s’accordent généralement à dire que Trump ne devrait pas intensifier la pression militaire contre l’Iran. Mais l’Arabie saoudite, géant pétrolier, et les Émirats arabes unis font pression sur l’administration Trump pour qu’elle maintienne la pression économique sur l’Iran et n’accepte pas de concessions qui allégeraient les sanctions ou le blocus de la marine américaine, ont indiqué ces sources».

Les Saoudiens et les Émiratis partent du principe que l’Iran cédera sous la pression. Mais une telle vision de l’Iran est dépassée. Elle ne tient pas compte des récents changements dans la doctrine iranienne, qui a évolué en raison de la guerre. Comme l’explique Danny Citrinowicz :

«La crise actuelle révèle une nouvelle fois des divergences importantes entre les États du Golfe.

L’approche saoudienne et émiratie pourrait s’avérer être un pari dangereux. L’hypothèse semble être qu’une pression extérieure soutenue, combinée à une pression croissante à l’intérieur de l’Iran, finira par forcer Téhéran à faire des compromis. Mais cette issue est loin d’être certaine. La pression interne pourrait ne pas conduire l’Iran à faire preuve de retenue ou à capituler. Elle pourrait au contraire encourager Téhéran à prendre davantage de risques, à intensifier les tensions face à ses adversaires et à répercuter une partie des coûts de la confrontation sur les États du Golfe eux-mêmes.

Le problème majeur est que Riyad et Abou Dhabi continuent peut-être de traiter avec l’Iran comme s’il s’agissait de l’Iran d’avant la guerre. Sous Ali Khamenei, on pouvait au moins avancer l’argument selon lequel une pression écrasante pourrait influencer les calculs de Téhéran et l’inciter à la prudence. Mais ce que j’appelle “l’Iran 3.0” est un système différent : un système dans lequel le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) joue un rôle bien plus prépondérant et où une nouvelle direction, plus radicale et moins expérimentée, est confrontée à d’énormes pressions internes et externes.

Dans ces circonstances, l’escalade, plutôt que la capitulation, pourrait de plus en plus devenir la réponse privilégiée de Téhéran».

Les États-Unis ont récemment menacé d’imposer des sanctions économiques aux aéroports qui accueillent des compagnies aériennes iraniennes. La Chine a rejeté ces pressions et les vols entre l’Iran et la Chine se poursuivent comme prévu. Mais les pays du Golfe suivent les consignes de Washington. Ils ont cessé d’assurer le service des transporteurs iraniens.

L’«Iran 3.0» ne l’acceptera pas. Les signaux en provenance de Téhéran laissent présager une réaction hostile :

«Des déclarations importantes ont été faites aujourd’hui, dans le cadre des négociations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran à l’Assemblée générale des Nations unies, par Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, la plus haute instance iranienne en matière de sécurité nationale.

Il affirme que Pezeshkian et Araghchi se sont rendus à New York pour transmettre les conditions convenues en interne par l’Iran, et non pour en négocier de nouvelles : “Il n’a pas été question de modifier les conditions”. Araghchi avait pour mission de les transmettre par l’intermédiaire de médiateurs.

Rezaei déclare que l’Iran ne reviendra pas à la diplomatie du cessez-le-feu d’Islamabad. Il ajoute que Washington doit d’abord accepter les conditions de l’Iran et dispose de “4 à 5 jours” pour agir. Ce délai très court équivaut à une menace implicite d’une nouvelle escalade si ce n’est pas le cas.

Il a également averti les États voisins qui soutiennent la pression américaine sur l’aviation iranienne : bloquez les vols iraniens et “vos aéroports n’accueilleront plus aucun vol”.

Son message global est que Téhéran est ouvert à la diplomatie, mais que ses conditions sont fixes et que les États-Unis doivent agir en premier».

Pour officialiser la chose, un conseiller du Guide suprême de l’Iran a réitéré la menace de Mohsen Rezaei :

«Mokhber, conseiller du Guide suprême de l’Iran : l’Iran se souviendra de [ceux qui] s’alignent sur les États-Unis pour mener des politiques hostiles. Notre stratégie est claire : l’espace aérien régional est soit ouvert à tous, soit fermé à tous. Si l’Iran se voit refuser l’accès aux vols et aux services aéroportuaires, aucun pays de la région n’y aura accès non plus».

Vous feriez peut-être mieux de ne pas prévoir de correspondance à Dubaï. L’Iran dispose de tous les missiles et drones nécessaires pour paralyser n’importe quel aéroport de son hémisphère.

L’avertissement de Citrinowics est donc pertinent :

«Washington et ses partenaires du Golfe devraient se garder de supposer qu’une pression supplémentaire entraînera automatiquement une plus grande retenue de la part de l’Iran. Face à l’Iran qui émerge de cette guerre, une pression sans issue diplomatique crédible pourrait produire exactement le résultat inverse.

Et si cela se produit, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourraient être parmi les premiers à découvrir qu’une stratégie conçue pour contenir l’Iran peut rapidement se retourner contre le Golfe lui-même».

Pendant ce temps, le président du Parlement iranien, MB Ghalibaf, se moque de la hausse des taux d’intérêt des États-Unis :

«Joyeux 5,1% sur 10 ans, Amérique. Mashallah. Fêtez ça : c’est le plancher pour les deux prochaines années.

Vous vouliez ramener l’Iran dans les années 1970 ? Personne ne vous a dit que l’Iran n’était pas fait pour les amateurs arrogants ? Nous vous ramènerons aux taux des années 1970, avec en prime des prix élevés de l’essence, des pénuries de diesel et des pantalons à pattes d’éléphant. Profitez bien de cette nostalgie !»

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