L’hégémonie via les guerres sans fin

Refusons collectivement d’accepter la guerre comme inévitable, rejetons les prétentions de l’empire à décider du sort des hommes. L’humanité doit agir avant que l’escalade ne soit irréversible.

Jusqu’à hier, les médias traditionnels et alternatifs ont multiplié les interventions d’experts, généralement très connus, pour marquer le quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine. Aucune conclusion réelle n’a été tirée, si ce n’est que le conflit se poursuivra jusqu’à épuisement, ou jusqu’à ce que le dernier Ukrainien tombe ou que la Fédération de Russie s’effondre. Seuls quelques-uns ont osé dire l’essentiel : cette guerre n’a pas commencé en 2014. Elle figurait déjà sur les cartes stratégiques de l’Occident immédiatement après l’effondrement du bloc socialiste. La guerre par procuration, au moyen de méthodes douces ou dures, s’est déroulée sur un front beaucoup plus large, dans pratiquement tous les anciens États socialistes du bloc de l’Est (même la Yougoslavie a été détruite pour les mêmes raisons). Tout ce qui restait – toute trace de socialisme, toute forme pacifique de coexistence – devait être effacé.

Ce qu’on nous vend comme une transition vers la démocratie libérale est en fait un effacement délibéré de la mémoire qu’un monde alternatif – socialiste, anti-impérialiste – est possible. Ils nous ont divisés, nous ont éclatés en partis rivaux et nous ont appris à reprocher notre misère aux voisins, et non aux oligarques ou au complexe militaro-industriel. La guerre a commencé au moment où Gorbatchev a été dupé. Depuis, nous vivons dans l’illusion que la paix n’est possible que de manière pacifique, alors que de véritables monstres grattent à nos portes.

Aujourd’hui, l’histoire de l’Ukraine et son énorme coût humain – sacrifié non pas pour défendre l’Ukraine, mais pour détruire la Russie – est déjà éclipsée par les événements en Iran et en Asie occidentale. Et dans l’ombre des interventions militaires occidentales gisent des tombes oubliées, connues et inconnues, dans d’innombrables pays : de la Yougoslavie à l’Afghanistan, en passant par la Syrie, l’Irak, la Palestine, Cuba, le Venezuela…

Le scénario est clair. L’Ukraine a été un terrain d’essai pour le militarisme occidental : un champ de bataille par procuration où l’Occident a poussé la Russie au bord du gouffre tout en sanctifiant sa propre expansion géopolitique. L’Iran est le prochain test. Gaza n’était qu’une répétition. Chaque conflit suit la même logique : créer le chaos, imposer le contrôle, justifier l’agression, tirer profit de la destruction. Le glas ne sonne pas seulement pour ceux qui subissent les bombes, il retentit pour le monde entier. L’Occident cultive le culte de la guerre perpétuelle, une machine de guerre à l’appétit vorace.

Le risque n’est plus régional. L’Europe est déjà un champ de bataille par procuration. L’Asie occidentale est désormais au bord du gouffre. Israël et les États-Unis ont clairement fait savoir qu’aucune nation contestant leur hégémonie ne serait épargnée. Les enjeux nucléaires sont de plus en plus élevés. La logique qui sous-tendait la guerre par procuration en Ukraine s’étend désormais directement à l’Iran. Et cela ne concerne pas que l’Ukraine et l’Iran : la stratégie, les armes, les sanctions, les mandataires, les embargos, autant d’éléments déployés contre les pays du Sud. L’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est, l’ensemble de la majorité mondiale est désormais menacé par la coercition militarisée occidentale.

Les morts de civils à Gaza ne suscitent pas d’indignation. L’Ukraine est sacralisée. L’hypocrisie est stupéfiante, le calcul clair. La paix est facultative lorsque les profits et la domination importent plus que la vie humaine. Chaque frappe de drone, chaque bombe, chaque “sanction” ou embargo est un message : défiez l’empire et vous le paierez cher. Ceux qui croient encore que la diplomatie peut protéger contre ce système vivent au pays des bisounours.

L’Ukraine, Gaza, la Syrie, la Libye, Cuba, l’Iran, tous sont liés par la même machine impérialiste militarisée. Ce ne sont pas des tragédies distinctes. Ce sont des avant-goûts, des avertissements, et désormais les théâtres effectifs d’une guerre contre les pays du Sud, le reste du monde, la majorité mondiale. C’est une guerre dont le but est d’imposer l’hégémonie, d’extraire les ressources, de dicter la politique et d’imposer l’obéissance. La prochaine flambée pourrait engloutir le monde, et l’humanité n’aura peut-être pas le temps de réagir.

S’il reste encore une once de raison dans ce monde — qui prend désormais des allures de Titanic —, que ce soit une mutinerie à bord du Bounty. Un refus collectif d’accepter la guerre comme inévitable, de rejeter les prétentions de l’empire à décider du sort des hommes. L’humanité doit agir avant que l’escalade ne soit irréversible.

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